Comprendre l’énergie mondiale, ce n’est pas apprendre un slogan. C’est savoir lire des données, expliquer des choix, savoir raisonner. Comme cela est attendu dans les exercices de Terminale et dans l’esprit des épreuves du baccalauréat.
Dans cet article, vous allez apprendre à analyser un mix énergétique mondial à partir d’un document (graphique ou tableau). Vous verrez aussi les contraintes qui expliquent pourquoi la transition est lente. Et vous aurez une méthode simple pour rédiger de manière conforme aux attendus méthodologiques de Terminale.
À lire aussi : la page pilier Énergie, climat et géopolitique (Terminale).
1) Le mix énergétique mondial : de quoi parle-t-on ?
Le mix énergétique, c’est la répartition des sources d’énergie utilisées à une échelle donnée (monde, pays, région). On parle ici d’énergie primaire. C’est l’énergie disponible avant transformation (électricité, carburants, chaleur).
- Pétrole, charbon, gaz : énergies fossiles.
- Nucléaire : énergie pilotable, bas carbone, mais controversée.
- Hydroélectricité : renouvelable, pilotable, mais dépend du site.
- Éolien, solaire, autres renouvelables : bas carbone, mais intermittents.
Au bac, il faut être précis. Énergie n’est pas synonyme d’électricité.
Le transport et le chauffage comptent énormément.
2) Ce que disent les données (monde, 2024)

Ordres de grandeur (2024) :
- Pétrole : 31 %
- Charbon : 27 %
- Gaz naturel : 24 %
- Hydroélectricité : 7 %
- Nucléaire : 4 %
- Renouvelables (éolien, solaire, autres) : 7 %
Conclusion simple. Le monde repose encore massivement sur les énergies fossiles. Pétrole + charbon + gaz = environ 82 %. Pour une copie de Terminale, ces ordres de grandeur constituent un repère solide, à condition de les interpréter.
Mais il faut aller plus loin. Un bon élève ne se contente pas d’un pourcentage. Il explique pourquoi cette structure résiste au changement.
3) Les contraintes qui expliquent la lenteur de la transition
La transition énergétique n’est pas un bouton “on/off”. Elle se heurte à des contraintes. Elles sont techniques, économiques et géopolitiques.
A) Contraintes techniques
- Stockage : l’électricité se stocke mal à grande échelle (malgré les progrès).
- Intermittence : le solaire et l’éolien dépendent de la météo.
- Réseaux : il faut adapter les réseaux électriques et les interconnexions.
- Infrastructures : raffineries, pipelines, centrales, ports. Tout cela dure des décennies.
Au bac, une phrase suffit.
“Une énergie se remplace aussi par des infrastructures.”
Autrement dit, changer d’énergie suppose de construire ou d’adapter des réseaux, des moyens de production, des systèmes de transport et parfois des usages. Cela prend du temps.
B) Contraintes économiques
- Coûts d’investissement : construire coûte cher, même si le coût du kWh baisse.
- Prix et volatilité : le pétrole et le gaz donnent des chocs de prix.
- Dépendances : certains États vivent des revenus fossiles.
- Usages : transports, chauffage, industrie. La substitution n’est pas instantanée.
En SES, cela renvoie à des arbitrages (choix sous contrainte) et à des externalités (effets positifs ou négatifs non pris en compte par le prix). Dans une copie, il faut relier ces notions à un exemple concret tiré du document.
C) Contraintes géopolitiques
- Ressources inégalement réparties : hydrocarbures, uranium, métaux.
- Sécurité d’approvisionnement : un État veut éviter les ruptures.
- Conflits et tensions : détroits, pipelines, sanctions, alliances.
- Nouvelle dépendance : certains métaux critiques deviennent stratégiques.
Concrètement, cela signifie qu’il ne faut pas rester sur une vision globale. Le candidat doit montrer comment les enjeux énergétiques se traduisent différemment selon les espaces : zones productrices, zones dépendantes, régions stratégiques (détroits, routes maritimes, gisements). En reliant ces contrastes aux intérêts des États, on met en évidence des rapports de force, des dépendances et des stratégies de contrôle, qui relèvent directement de la notion de puissance étudiée en HGGSP.
Remarque : les exemples de rédaction proposés ici sont des modèles pédagogiques. Ils ne remplacent pas les consignes d’un enseignant ni les documents officiels. Leur objectif est d’aider à structurer une analyse conforme aux attendus de Terminale.
Pour les plus curieux – Lecture possible du mix énergétique mondial
À un niveau d’analyse plus avancé, le mix énergétique mondial ne se lit pas seulement comme une répartition de sources, mais comme un système fortement contraint par l’histoire industrielle, les infrastructures lourdes et les équilibres géopolitiques.
Trois éléments structurants apparaissent lorsqu’on adopte une lecture de type institutionnelle ou gouvernementale.
1) Une inertie structurelle très forte
Les énergies fossiles dominent car elles concentrent plusieurs avantages simultanés : densité énergétique élevée, facilité de stockage, transport à grande distance et infrastructures déjà amorties. Le système mondial est donc verrouillé par des investissements passés (centrales, raffineries, réseaux, flottes maritimes, industrie pétrochimique).
2) Une dépendance économique mondiale aux hydrocarbures
De nombreux États fondent une part essentielle de leurs revenus sur l’exportation de pétrole, de gaz ou de charbon. Cette dépendance budgétaire freine mécaniquement la transition. Une baisse rapide de la demande mondiale provoquerait des déséquilibres économiques et politiques majeurs dans certaines régions productrices.
3) Un enjeu stratégique de sécurité énergétique
Pour les grandes puissances, l’énergie est d’abord une question de stabilité. Le charbon et le gaz restent utilisés car ils sont pilotables. Les renouvelables progressent mais introduisent de nouvelles dépendances technologiques (métaux critiques, chaînes industrielles concentrées). Le nucléaire demeure une solution de souveraineté pour certains pays.
👉 Cette lecture montre que la transition énergétique mondiale n’est pas seulement un enjeu environnemental. C’est aussi un problème d’infrastructures, d’équilibres économiques et de rapports de puissance entre États.
Les repères méthodologiques et exemples proposés ci-dessous s’appuient sur l’étude des annales et sur les logiques généralement observées dans les épreuves. Ils constituent des outils d’entraînement pour les élèves et ne remplacent ni les consignes des enseignants ni les critères officiels d’évaluation.
4) Méthode : comment analyser un document sur le mix énergétique
Dans les exercices de Terminale, les documents doivent être analysés de manière structurée et précise. Il ne s’agit pas d’un commentaire libre, mais d’un raisonnement appuyé sur des données.
Voici une méthode en 4 étapes.
- Identifier : nature du document, date, échelle (monde / pays), unité.
- Décrire : 2 à 3 chiffres, pas plus. Ordres de grandeur.
- Interpréter : une idée forte (ex. domination des fossiles), puis une explication.
- Conclure : une phrase qui ouvre (transition, contrainte, enjeu).
Exemple de paragraphe rédigé
« Le document présente la répartition de l’énergie primaire mondiale en 2024. Il montre que les énergies fossiles dominent encore largement : le pétrole (31 %), le charbon (27 %) et le gaz naturel (24 %) totalisent environ 82 %. Cette structure s’explique par des contraintes techniques et économiques : les infrastructures fossiles sont nombreuses et amorties, et certaines énergies bas carbone restent intermittentes ou nécessitent des adaptations de réseau. Le document met donc en évidence la difficulté d’une transition rapide, qui constitue aussi un enjeu géopolitique en raison des dépendances entre États. »
Ce paragraphe correspond à une rédaction claire et rigoureuse : chiffres pertinents, interprétation, explication et ouverture.
- Il cite des chiffres.
- Interprète.
- Explique.
- Conclut.
Version enrichie – niveau approfondi (post-bac). Pour aller plus loin
Le document met en évidence la structure du mix énergétique mondial en 2024 à partir de la répartition de l’énergie primaire. Il révèle une domination persistante des combustibles fossiles : pétrole (31 %), charbon (27 %) et gaz naturel (24 %) représentent ensemble près de 82 % de l’approvisionnement énergétique mondial. Cette situation traduit une forte inertie héritée des trajectoires industrielles passées, caractérisées par des infrastructures lourdes et un modèle énergétique historiquement fondé sur des ressources concentrées et pilotables.
Toutefois, cette domination ne doit pas être interprétée comme un simple blocage du système. Elle résulte aussi d’arbitrages économiques rationnels entre coût, sécurité d’approvisionnement et stabilité des systèmes productifs. Les investissements passés dans les filières fossiles, encore rentabilisés, ralentissent la substitution mais n’empêchent pas des dynamiques de diversification. La progression des énergies bas carbone s’inscrit ainsi dans une logique de transition partielle et progressive plutôt que de rupture brutale.
Enfin, la lecture économique du document doit intégrer le rôle des prix relatifs et des incitations publiques. Les choix énergétiques mondiaux reflètent moins une impossibilité technique qu’un équilibre entre contraintes industrielles, signaux de marché et stratégies étatiques. Le mix observé illustre donc un système en transition lente, traversé par des tensions entre dépendance aux ressources fossiles et recomposition progressive vers des sources décarbonées, elles-mêmes porteuses de nouvelles dépendances géostratégiques.
5) Erreurs fréquentes (et comment les éviter)
- Confondre énergie et électricité : erreur classique. Toujours préciser “énergie primaire”.
- Réciter un discours : au bac, il faut partir du document.
- Oublier l’échelle : monde ≠ France ≠ Europe.
- Faire une morale : on analyse. On justifie. On structure.
6) Méthode dissertation : traiter un sujet sur l’énergie en Terminale
En dissertation, l’énergie n’est pas seulement un thème technique. Elle devient un objet d’analyse mobilisant des notions économiques, géopolitiques et environnementales selon la discipline concernée.
La première étape consiste toujours à problématiser. Il faut transformer le sujet en question. Pas en opinion.
- Identifier les notions centrales (énergie, ressources, puissance, rareté, transition).
- Repérer l’échelle implicite (monde, États, marchés, climat).
- Formuler une tension : contradiction, limite, paradoxe.
Exemple de transformation problématique :
La transition énergétique mondiale peut-elle réellement remettre en cause la domination des puissances fondées sur les énergies fossiles ?
Ensuite vient le plan. Au bac, un bon plan est dialectique ou analytique.
I – Une domination fossile ancienne et structurelle.
II – Une transition engagée mais freinée par des contraintes.
III – Une recomposition progressive des équilibres énergétiques et des rapports de puissance.
Chaque partie doit articuler :
- une idée claire,
- un exemple précis,
- un lien avec les notions du programme.
La conclusion doit répondre explicitement à la problématique en montrant à la fois les permanences et les dynamiques en cours, sans tomber dans un discours prescriptif.
Questions fréquentes (niveau bac)
Pourquoi les énergies fossiles restent-elles majoritaires à l’échelle mondiale ?
Parce qu’elles sont concentrées, stockables et faciles à transporter. Elles s’appuient aussi sur des infrastructures anciennes et très développées. Les alternatives nécessitent souvent des investissements, des réseaux et des solutions de stockage.
Le nucléaire et les renouvelables suffisent-ils déjà à “remplacer” les fossiles ?
Non. Ils progressent, surtout dans la production d’électricité. Mais une grande partie des usages mondiaux repose encore sur des carburants et de la chaleur, difficiles à décarboner rapidement.
Que faut-il retenir pour une copie de Terminale ?
Trois idées : (1) les fossiles dominent encore le mix mondial, (2) la transition est contrainte par des facteurs techniques et économiques, (3) l’énergie est aussi un enjeu géopolitique.
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Lectures conseillées pour approfondir
Pour les élèves qui souhaitent aller plus loin, ces ressources permettent d’approfondir la compréhension du système énergétique mondial à partir de données institutionnelles et d’analyses reconnues.
- Energy Institute – Statistical Review of World Energy 2025 (données mondiales de référence) : https://www.energyinst.org/statistical-review
- Agence internationale de l’énergie (AIE) – Vue d’ensemble du système énergétique mondial : https://www.iea.org/energy-system
- Our World in Data – Données et graphiques mondiaux sur l’énergie (Université d’Oxford) : https://ourworldindata.org/energy
- IRENA – World Energy Transitions Outlook : https://www.dnv.com/energy-transition-outlook/2025/
- IFRI – Analyses géopolitiques énergie & climat : https://www.ifri.org/fr/thematiques/energie-climat
- SDES – Statistiques officielles de l’énergie (France) : https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/energie
Sources
- Energy Institute, Statistical Review of World Energy 2025 (données 2024) : https://www.energyinst.org/statistical-review
- AIE (IEA), rapports de synthèse sur l’énergie mondiale : https://www.iea.org/
À venir : des exercices d’entraînement (SVT / HGGSP) pour appliquer la méthode sur des documents.
Ces thèmes sont exigeants. Ils mobilisent plusieurs disciplines, des données complexes et une méthode rigoureuse. Pour progresser réellement, rien ne remplace un accompagnement personnalisé. Au lycée Ipécom Paris comme lors de nos stages intensifs, les élèves travaillent précisément ce type d’analyse : lire un document, structurer un raisonnement, rédiger avec méthode et éviter les pièges classiques des sujets énergie et climat.

