“À qui la faute ?” – Une analyse du poème de Victor Hugo

À qui la faute ?

Victor Hugo, l’un des plus grands écrivains français, est connu pour ses œuvres qui ont marqué la littérature. Parmi ses nombreux écrits, le poème “À qui la faute ?” se distingue par son message puissant sur l’importance de l’éducation et de la connaissance.

Le poème a été écrit en 1 872, suite à l’incendie de la bibliothèque des Tuileries lors de la Commune de Paris en 1 871. Il est structuré comme un dialogue entre deux voix, l’une accusant l’autre d’avoir incendié la bibliothèque, et l’autre admettant le crime.

Voici le poème dans son intégralité :

Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?

– Oui.
J’ai mis le feu là.

– Mais c’est un crime inouï !
Crime commis par toi contre toi-même, infâme !
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !
C’est ton propre flambeau que tu viens de souffler !
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,
C’est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage
Le livre, hostile au maître, est à ton avantage.
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.
Une bibliothèque est un acte de foi
Des générations ténébreuses encore
Qui rendent dans la nuit témoignage à l’aurore.
Quoi ! Dans ce vénérable amas des vérités,
Dans ces chefs-d’œuvre pleins de foudre et de clartés,
Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,
Dans les siècles, dans l’homme antique, dans l’histoire,
Dans le passé, leçon qu’épelle l’avenir,
Dans ce qui commença pour ne jamais finir,
Dans les poètes ! Quoi, dans ce gouffre des bibles,
Dans le divin monceau des Eschyles terribles,
Des Homères, des jobs, debout sur l’horizon,
Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison,
Tu jettes, misérable, une torche enflammée !
De tout l’esprit humain tu fais de la fumée !
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C’est le livre ? Le livre est là sur la hauteur ;
Il luit ; parce qu’il brille et qu’il les illumine,
Il détruit l’échafaud, la guerre, la famine
Il parle, plus d’esclave et plus de paria.
Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria.
Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille
L’âme immense qu’ils ont en eux, en toi s’éveille ;
Ébloui, tu te sens le même homme qu’eux tous ;
Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître,
Ils t’enseignent ainsi que l’aube éclaire un cloître
À mesure qu’il plonge en ton cœur plus avant,
Leur chaud rayon t’apaise et te fait plus vivant ;
Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;
Tu te reconnais bon, puis meilleur ; tu sens fondre,
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !
Car la science en l’homme arrive la première.
Puis vient la liberté. Toute cette lumière,
C’est à toi, comprends donc, et c’est toi qui l’éteins !
Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints.
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l’erreur à la vérité mêle,
Car toute conscience est un nœud gordien.
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l’ôte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute !
Le livre est ta richesse à toi ! C’est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela, toi !

– Je ne sais pas lire.

(L’Année Terrible, VIII, 1 872).

Dans ce poème, Hugo déplore la perte de la connaissance et de la sagesse contenues dans les livres, décrivant le livre comme un trésor, un héritage, un acte de foi, et une source de lumière et de liberté.

Cependant, le poème se termine sur une note tragique lorsque l’incendiaire révèle qu’il ne sait pas lire. Cela souligne l’ironie et la tragédie de la situation : la personne qui a détruit la bibliothèque n’a pas la capacité de comprendre ce qu’elle a perdu. Cela peut aussi être interprété comme une critique de l’échec de la société à éduquer tous ses membres, ce qui peut conduire à des actes de destruction par ignorance.

“À qui la faute ?” est un puissant plaidoyer pour l’éducation et la diffusion de la connaissance, et une condamnation de l’ignorance et de la destruction. Il souligne l’importance des livres non seulement comme des objets physiques, mais aussi comme des symboles de la connaissance, de la liberté et du progrès humain.

En tant qu’institution dédiée à l’éducation, Ipécom Paris partage les valeurs exprimées par Victor Hugo dans ce poème. Nous croyons fermement en l’importance de l’éducation et de la connaissance pour le développement individuel et le progrès de la société. Nous nous engageons à fournir à nos étudiants les outils nécessaires pour comprendre et apprécier la richesse de la connaissance contenue dans les livres et autres formes de culture.

L’importance de la littérature et de la poésie dans l’éducation

La littérature et la poésie jouent un rôle crucial dans l’éducation. Elles nous permettent non seulement d’acquérir des compétences linguistiques et de communication, mais aussi de développer notre capacité à comprendre et à apprécier différentes perspectives et expériences humaines.

Les œuvres de grands auteurs comme Victor Hugo nous aident à réfléchir à des questions sur la nature humaine, la société et les valeurs. Elles stimulent notre imagination, notre empathie et notre capacité à penser de manière critique et créative.

En outre, la littérature et la poésie peuvent être des outils puissants pour l’engagement social et politique. Comme le montre le poème “À qui la faute ?”, elles peuvent nous aider à réfléchir aux problèmes sociaux, tels que l’éducation et l’alphabétisation, et à envisager des solutions.

Les grandes œuvres littéraires et poétiques aident nos élèves à devenir non seulement de meilleurs communicants, mais aussi des citoyens plus éclairés et engagés.

Mis à jour le 12 Janvier 2024 à 15:58

Par Annie Reithmann

Directrice IPECOM Paris. DEA de Philosophie, spécialiste des méthodes d'apprentissage. En 1996 elle prend seule la direction d’Ipécom Paris.

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