Écrans, concentration et lecture chez les jeunes

Pourquoi de nombreux collégiens et lycéens lisent moins aujourd’hui, et comment les aider à renouer avec les livres.

Adolescent lisant un livre, avec une scène de théâtre en arrière-plan, pour illustrer le lien entre lecture, concentration, poésie et expression orale chez les jeunes.

Smartphone, vidéos courtes, messageries et réseaux sociaux occupent désormais une part importante du quotidien de nombreux collégiens et lycéens. Dans ce contexte, la fréquentation des livres devient plus irrégulière et l’attention plus fragile. Pourtant, la lecture reste un appui majeur pour le vocabulaire, la compréhension, l’expression écrite et la réussite scolaire.

L’essentiel

  • Les élèves lisent encore, mais moins longtemps et moins régulièrement qu’auparavant.
  • Le numérique n’explique pas tout, mais il occupe une part croissante du quotidien et fragmente fortement l’attention.
  • Quand la fréquentation des livres recule, les effets se font sentir sur la compréhension, le vocabulaire, l’écriture et l’endurance intellectuelle.
  • La bonne réponse n’est ni la culpabilisation ni l’interdiction abstraite, mais la reconstruction d’habitudes réalistes, progressives et régulières.
  • Parents, enseignants et cadre de travail jouent un rôle décisif pour redonner aux livres une présence concrète dans le quotidien des élèves.

Les chiffres récents montrent un vrai recul de la lecture

Une récente étude du Centre national du livre met en évidence une tendance préoccupante. Chez les 7-19 ans, le temps consacré à la lecture de livres dans le cadre des loisirs est de 18 minutes par jour, contre 3 h 01 passées quotidiennement sur les écrans hors école et études. L’étude montre aussi que 19 % des jeunes ne lisent pas du tout dans le cadre des loisirs, une proportion qui monte à 33 % chez les 16-19 ans. La lecture n’a donc pas disparu, mais elle s’est nettement affaiblie, en durée comme en régularité.

Autre signal important : même lorsqu’ils lisent, beaucoup de jeunes ne sont pas pleinement disponibles. 41 % des lecteurs font souvent autre chose sur écran pendant qu’ils lisent, et ce chiffre atteint 67 % chez les 16-19 ans. La difficulté ne tient donc pas seulement au manque de temps, mais aussi à une attention de plus en plus fragmentée.

Le décrochage devient particulièrement visible à l’adolescence. À mesure que les sollicitations numériques gagnent du terrain, les livres entrent en concurrence avec d’autres usages du temps libre. Pour certains, ouvrir un ouvrage reste une intention ; pour d’autres, cela devient une pratique ponctuelle, facilement interrompue.

Ce constat mérite d’être pris au sérieux, non pour opposer caricaturalement le téléphone aux livres, mais parce qu’il touche directement des compétences scolaires fondamentales : comprendre un texte, suivre un raisonnement, enrichir son vocabulaire, écrire avec précision et soutenir son attention sur la durée.

Le temps d’écran n’explique pas tout : la fragmentation de l’attention compte aussi

Le sujet ne se limite pas au nombre d’heures passées devant un écran. Il concerne aussi la manière dont le numérique modifie le rapport au temps, à l’effort et à la concentration. Beaucoup d’élèves passent d’un contenu à l’autre, d’une notification à l’autre, d’une vidéo à l’autre, sans moment long de concentration continue.

Or un texte demande précisément l’inverse. Suivre un récit, comprendre une démonstration, entrer dans une argumentation ou un passage littéraire suppose de rester mentalement engagé plusieurs minutes, parfois davantage, sans changement constant de support. Quand cette disponibilité intérieure s’affaiblit, lire devient plus coûteux, plus lent, parfois décourageant.

Autrement dit, les écrans ne concurrencent pas les livres uniquement parce qu’ils prennent du temps. Ils installent aussi une habitude de formats courts, rapides et morcelés, qui rend ensuite l’effort de lecture plus difficile à soutenir.

Pourquoi cela compte autant pour le français et pour la réussite scolaire

Lire régulièrement, ce n’est pas seulement “faire du français”. Les livres nourrissent le vocabulaire, familiarisent avec des structures de phrases plus élaborées, affinent la compréhension des nuances et améliorent progressivement l’expression écrite comme l’expression orale.

Un élève qui lit peu peut bien sûr réussir certains exercices. Sur la durée, cependant, des fragilités apparaissent souvent dans des domaines très concrets : consignes mal comprises, textes survolés, difficulté à reformuler, lexique pauvre, manque de précision dans les rédactions, difficulté à argumenter avec rigueur.

Les conséquences ne se limitent donc pas au cours de français. Elles touchent l’histoire-géographie, les sciences humaines, la philosophie, les spécialités, et même les matières scientifiques dès qu’il faut analyser un document, comprendre un énoncé complexe ou construire un raisonnement clair.

La baisse de la lecture s’explique aussi par l’environnement familial et scolaire

Il faut rester rigoureux. Le recul de la lecture ne s’explique pas uniquement par le numérique. Les habitudes familiales, l’accès aux livres, la place qu’ils occupent dans la vie quotidienne, l’image que l’école renvoie de la lecture, ou encore la manière dont un adolescent perçoit les textes, jouent également un rôle important.

C’est d’ailleurs l’un des points essentiels des analyses récentes consacrées à ce sujet : pour redonner le goût de lire, il ne suffit pas de limiter les écrans. Il faut recréer un environnement dans lequel le livre retrouve une fonction concrète, visible, régulière et vivante.

La vraie question n’est donc pas seulement : “Comment réduire le temps d’écran ?” Elle est aussi : “Comment redonner envie d’ouvrir un livre, et dans quelles conditions cette envie peut-elle se reconstruire ?”

Comment aider un collégien ou un lycéen à renouer avec les livres

La bonne méthode n’est pas de culpabiliser un adolescent en lui répétant que lire est essentiel. Il le sait souvent déjà. Ce qui manque, ce sont des conditions réalistes pour reprendre cette habitude.

  • Choisir un ouvrage accessible, sans commencer par un texte trop long ou trop difficile.
  • Prévoir un vrai moment calme, même court, sans notifications ni téléphone à portée immédiate.
  • Accepter une reprise progressive : mieux vaut 15 ou 20 minutes chaque jour qu’un objectif trop ambitieux abandonné au bout de quelques jours.
  • Parler du livre, poser des questions, échanger sur un personnage ou une scène, afin d’éviter que cette activité soit vécue comme une tâche purement scolaire.
  • Ne pas mépriser les lectures d’entrée : pour certains élèves, commencer par des formats plus accessibles peut constituer une étape utile avant d’aller vers des œuvres plus exigeantes.

Le point décisif est la régularité. Un élève qui retrouve une habitude, même modeste au départ, reconstruit peu à peu son attention, sa fluidité et sa confiance face aux textes.

À Ipécom, redonner le goût des textes passe aussi par le théâtre et la poésie

Retrouver le goût des textes ne passe pas toujours d’abord par la lecture silencieuse et solitaire. Pour certains élèves, l’entrée dans la langue devient plus naturelle quand les textes sont dits, joués, mis en voix et partagés. Lire, ce n’est pas seulement tourner des pages : c’est aussi entendre un rythme, comprendre une intention, habiter une langue et oser s’exprimer.

C’est dans cet esprit qu’Ipécom accorde une place particulière au théâtre et à la poésie. Au collège, les ateliers de théâtre en français et en anglais permettent aux élèves de travailler la concentration, l’écoute, la prononciation, la prise de parole et la confiance en soi. En entrant dans un texte par la voix, le corps et l’interprétation, l’élève développe un rapport plus vivant, plus concret et souvent plus durable à la lecture.

Le concours de poésie organisé à Ipécom s’inscrit dans la même logique. Les élèves n’y abordent pas le poème comme un exercice figé, mais comme un texte à faire entendre, à mettre en scène, à porter avec justesse. Le rythme, la musicalité, l’intonation, la gestuelle et la présence comptent pleinement. Cette approche aide à mieux sentir la langue, à mieux comprendre les textes et à renforcer l’aisance à l’oral.

Autrement dit, face à la dispersion de l’attention provoquée par les écrans, la réponse éducative ne consiste pas seulement à demander aux jeunes de lire davantage. Elle consiste aussi à recréer des conditions dans lesquelles les textes redeviennent vivants, engageants et mémorables. Le théâtre et la poésie participent pleinement de cette reconquête.

Pour en savoir plus, découvrez aussi l’enseignement du théâtre au collège et le concours de poésie à Ipécom Paris.

Le rôle décisif des parents

Le rôle des parents reste central, y compris à l’adolescence. Il est plus difficile de lire dans un environnement où le téléphone, la télévision ou les sollicitations numériques saturent tout l’espace. À l’inverse, lorsque les livres existent réellement dans la vie familiale, ils paraissent plus naturels, plus légitimes, plus accessibles.

L’exemplarité compte. Le cadre compte tout autant. Réserver un moment calme, valoriser les livres sans en faire une punition, offrir un accès simple aux ouvrages, discuter des lectures, relire à voix haute certains passages lorsque cela est utile : ces gestes simples ont souvent davantage d’effet que de longs discours.

Pour les plus jeunes, la lecture partagée joue un rôle essentiel. Au collège et au lycée, l’enjeu est surtout de maintenir un lien vivant avec les textes malgré la pression des écrans et la dispersion du temps libre.

Redonner une vraie place aux livres : un enjeu éducatif majeur

Lire davantage ne signifie pas revenir en arrière ni refuser le numérique. Il s’agit de rééquilibrer les habitudes afin de permettre aux élèves de développer ce dont ils auront besoin durablement : l’attention, la compréhension, la mémoire, le vocabulaire, le jugement et la capacité à penser dans la durée.

Dans un quotidien où les écrans occupent une part croissante, remettre les livres au cœur des habitudes devient donc un enjeu éducatif central. À la maison comme à l’école, aider un élève à lire davantage, c’est aussi l’aider à mieux apprendre, mieux s’exprimer et mieux se construire intellectuellement.

Chez Ipécom, le travail sur le français, la compréhension, la méthode et l’expression ne se réduit pas à une approche abstraite des textes. Le théâtre, la lecture à voix haute, la poésie et la prise de parole contribuent aussi à redonner aux élèves un rapport vivant à la langue, à la littérature et au sens des mots.

FAQ – Écrans et lecture chez les jeunes

Les écrans sont-ils la seule cause de la baisse de la lecture chez les jeunes ?

Non. Les écrans jouent un rôle important, mais ils ne sont pas la seule explication. Les habitudes familiales, l’accès aux livres, la place de la lecture dans le quotidien et le rapport personnel de l’élève aux textes comptent aussi.

Pourquoi la baisse de la lecture pose-t-elle un problème scolaire ?

Parce que la lecture soutient directement la compréhension, le vocabulaire, l’expression écrite, la qualité de l’argumentation et la capacité à suivre un raisonnement long. Ces compétences sont utiles dans toutes les disciplines, pas seulement en français.

Comment redonner envie de lire à un adolescent ?

En repartant de façon progressive : un livre accessible, un temps de lecture réaliste, moins d’interruptions, davantage d’échanges autour du texte, et une pratique régulière plutôt qu’un effort ponctuel trop ambitieux.

La lecture à voix haute est-elle encore utile ?

Oui. Elle aide à travailler la fluidité, l’attention à la ponctuation, la compréhension et le rapport vivant au texte. Elle peut être utile aussi bien à l’école qu’à la maison, selon l’âge et le niveau de l’élève.

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Par Annie Reithmann

Directrice IPECOM. DEA de Philosophie, spécialiste des méthodes d'apprentissage. En 1996 elle prend seule la direction d’Ipécom Paris.