Intelligence artificielle, limites et emploi

IA limites et emploi

Il a quelques semaines nous nous interrogions sur l’intelligence artificielle et ses différences avec l’intelligence humaine. Un récent article paru au New York Times de Noam Chomsky a éveillé notre curiosité sur le point de vue de ce chercheur.

Le point de vue de Noam Chomsky sur l’IA

Noam Chomsky est un linguiste et philosophe américain. Il a partagé ses opinions sur l’intelligence artificielle (IA) à plusieurs reprises. Il est important de noter que Chomsky n’est pas un expert en IA. Cependant il a contribué de manière significative à la linguistique et à la théorie cognitive.

Chomsky a exprimé des doutes sur la capacité des approches actuelles de l’IA. Ceci en particulier à reproduire pleinement la compréhension humaine et la créativité. Il estime que l’IA est très performante pour des tâches spécifiques. Par contre, il remet en question la capacité de ces techniques à générer de véritables compréhensions et à résoudre les problèmes complexes de la cognition humaine.

Chomsky a également critiqué le béhaviorisme, un mouvement en psychologie qui a influencé les débuts de l’IA. Il a contesté l’idée que le langage humain et la pensée puissent être réduits à des associations simples entre stimuli et réponses. Selon lui, la grammaire universelle et les structures innées de l’esprit humain jouent un rôle essentiel dans la compréhension et la production du langage. C’est une idée qui est en partie en contradiction avec certaines approches de l’IA basées sur les données.

IA et linguistique.

Il a développé la théorie de la grammaire générative. Cette théorie décrit la manière dont les structures linguistiques innées du cerveau humain permettent aux enfants d’apprendre rapidement une langue. Les approches basées sur la grammaire générative ont été utilisées dans les premiers travaux sur l’IA et la compréhension du langage naturel. Cependant, les modèles modernes d’IA, tels que ceux basés sur l’apprentissage profond et les réseaux de neurones, ont déplacé l’attention des structures linguistiques innées vers des approches plus axées sur les données et l’apprentissage à partir de grands ensembles de données textuelles.

En résumé, Chomsky est sceptique quant à la capacité des techniques actuelles d’IA à reproduire la cognition humaine et la compréhension profonde. Il pense que la recherche sur l’IA pourrait bénéficier d’une meilleure compréhension des structures innées de l’esprit humain et des mécanismes qui sous-tendent le langage et la pensée.

L’IA et l’emploi

Chomsky a écrit récemment : “Les gros titres sur l’IA venant conquérir nos emplois et prenant en charge notre avenir sont comme quelque chose proche d’une tragicomédie de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, et devraient être considérés comme tels…”

Dans cette citation, Noam Chomsky fait référence aux titres alarmistes concernant l’IA. Des titres qui prétendent qu’elle va remplacer nos emplois et dominer notre avenir.

Chomsky reconnaît que l’IA a un impact sur le monde du travail et peut potentiellement remplacer certains emplois. Des emplois en particulier qui impliquent des tâches répétitives et simples. Cependant, il estime que les préoccupations concernant une prise de contrôle complète par l’IA sont exagérées et déplacées.

Il convient de noter que Chomsky n’est pas le seul à exprimer des préoccupations concernant les titres alarmistes et les déclarations exagérées sur l’IA.

D’autres experts partagent ce point de vue

Plusieurs chercheurs et experts partagent des positions similaires à celles de Noam Chomsky concernant IA. Voici quelques-uns d’entre eux.

Gary Marcus, Psychologue, chercheur en IA et professeur à l’Université de New York. Marcus est un critique des approches actuelles de l’IA basées sur l’apprentissage profond. Il estime que ces approches ont des limites importantes et plaide pour une recherche interdisciplinaire qui intègre les connaissances sur la cognition humaine.

Melanie Mitchell, Professeure de sciences informatiques à l’Université de Portland et chercheuse au Santa Fe Institute. Mitchell est une experte en IA et en systèmes complexes. Elle a exprimé des préoccupations concernant la survalorisation de l’apprentissage profond et ses limites pour reproduire la compréhension humaine.

Judea Pearl, Informaticien et philosophe des sciences, Pearl est un expert en raisonnement causal et en réseaux bayésiens. Il a exprimé des doutes concernant les approches actuelles de l’IA qui se concentrent sur la corrélation plutôt que sur la causalité, ce qui limite leur capacité à comprendre et à raisonner comme les humains.

Yann LeCun, directeur de l’IA chez Facebook et professeur à l’Université de New York. Il est un pionnier de l’apprentissage profond, il reconnaît également les limites de cette approche. Il plaide pour le développement de nouvelles méthodes en IA pour permettre aux machines d’apprendre avec moins de données et de supervisions, en s’inspirant des mécanismes d’apprentissage humains.

Ces chercheurs et experts ont des positions nuancées concernant l’IA. Ils reconnaissent les progrès réalisés grâce à des techniques telles que l’apprentissage profond. Cependant ils mettent également en évidence les limites et les défis qui restent à relever pour créer des systèmes d’intelligence artificielle plus compréhensifs et plus semblables à l’intelligence humaine.

Pour conclure, disons que les inquiétudes concernant l’IA et l’emploi devraient plutôt être abordées en termes de politiques publiques. C’est-à-dire de mesures pour garantir une transition équitable vers une économie davantage automatisée. Cela peut inclure :

  • La formation continue,
  • Le développement de nouvelles compétences
  • La mise en place de filets de sociaux pour soutenir les travailleurs affectés par les changements technologiques.

Mis à jour le 27 Septembre 2023 à 17:20

Par Annie Reithmann

Directrice IPECOM Paris. DEA de Philosophie, spécialiste des méthodes d'apprentissage. En 1996 elle prend seule la direction d’Ipécom Paris.

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